La régression dogmatique et la flexibilité réfléchie - Vol. 2 | Le dogmatisme figé, l’une des causes d'une mauvaise fin spirituelle / L’orgueil d’être dans le vrai, source de dogmatisme

La régression dogmatique et la flexibilité réfléchie - Vol. 2
Le dogmatisme figé, l’une des causes d'une mauvaise fin spirituelle / L’orgueil d’être dans le vrai, source de dogmatisme
Fiche signalétique :
- Date : 08/07/2023
- Lieu : Université Imam Sadiq (as), Assemblée Mithaq ba Shohada
- Thème : La régression dogmatique et la flexibilité réfléchie
- Audio : Ici
Le dogmatisme figé, l’une des causes d’une mauvaise fin ultime
L’une des raisons pour lesquelles l’être humain ne connaît pas une fin heureuse réside dans le dogmatisme sclérosé. L’une des racines de cette rigidité d’esprit vient du fait qu’en étant du côté de la vérité, l’homme en vient à éprouver de l’arrogance, de la suffisance (ujb) ou de l’orgueil. Feu l’Ayatollah Shah-Abadi — maître spirituel de l’Imam Khomeyni (ra) — considérait que le problème majeur de la communauté des croyants résidait dans « l’orgueil d’avoir raison ». Cette expression renvoyait à une époque où les croyants étaient isolés, faibles et opprimés, ce qui laissait peu de place à l’orgueil ; mais aujourd’hui, alors que cet isolement et cette faiblesse ont disparu, nous devons d’autant plus redouter l’orgueil d’être dans le vrai.
L’orgueil d’être dans le vrai, facteur de dogmatisme
À notre époque, nous sommes plus que jamais exposés à l’orgueil de détenir la vérité. Cet orgueil engendre la sclérose et la fermeture d’esprit. Dès lors, il devient impossible de saisir les dimensions subtiles et les mystères profonds de cette même vérité, tout particulièrement lorsque le savoir s’entremêle à la religion. Les gens de savoir sont, d’une certaine façon, exposés à l’arrogance et au dogmatisme, et les gens de religion y sont exposés d’une autre manière. L’autosatisfaction (ujb) est l’une des facettes de l’orgueil. Elle est le fléau de l’adoration, et le partisan de la vérité finit par y succomber.
Une joie mêlée d’arrogance et d’ivresse, facteur de dogmatisme
Le Saint Coran déclare dans la sourate Ghâfir (verset 83) : « Puis, lorsque leurs Messagers vinrent à eux avec les preuves évidentes, ils se réjouirent de ce qu’ils avaient comme science, et ce dont ils se moquaient les enveloppa. » Dans le Coran, le terme « Farah » ne désigne pas une pure joie. C’est une jubilation mêlée d’arrogance, une joie empreinte d’aveuglement et d’insouciance superficielle, une euphorie creuse. Le verset nous enseigne que, parce qu’ils détenaient un certain savoir hérité des prophètes passés, une joie orgueilleuse s’est emparée d’eux et les a empêchés d’accueillir la vérité ; ils n’ont même plus été capables de comprendre que ce Prophète était la continuité même des messagers dont ils connaissaient pourtant les récits.
Nos acquis et notre part de vérité peuvent devenir source de dogmatisme
Le dogmatisme figé est un piège universel. Lorsqu'on élargit le sens du dogmatisme à la lumière des versets coraniques, on s'aperçoit que ceux-là mêmes qui ont rejeté l’appel du noble Prophète (s) étaient ceux qui l’attendaient aux abords de La Mecque, sachant pertinemment où il apparaîtrait et quels en seraient les signes précurseurs. Pourtant, lorsque l’ultime Messager est arrivé, eux qui auraient dû devenir ses soutiens et compagnons devinrent ses pires ennemis. Ces gens-là possédaient un bagage intellectuel et spirituel ; car sans cela, on n’opposerait pas une telle résistance. Face à l’Imam du Temps (aj), certains se dresseront également en s’appuyant sur le Coran ! Cela signifie que le Messager de Dieu (s) tout comme l’Imam du Temps (aj) ont été ou seront confrontés à une forme de dogmatisme figé. L’Émir des croyants Ali (as) et l’Imam Hussein (as) y ont également fait face. Le dogmatisme n’a rien d’anodin.
Nous sommes confrontés au péril du dogmatisme. Il peut s’édifier à partir de nos propres acquis, y compris nos attachements émotionnels et spirituels les plus nobles ! De tels attachements peuvent dériver, à l’instar de ceux qui étaient présents à Karbala et à propos desquels il fut dit : « Leurs cœurs sont avec toi, mais leurs épées sont contre toi. » Leurs cœurs battaient pour l’Imam Hussein (as), mais leurs épées étaient levées contre lui. Nous devons impérativement en tirer une leçon.
Le dogmatisme, un péril universel et partagé
Nous devons concevoir la question du dogmatisme comme un enjeu universel, susceptible d’atteindre quiconque fait la rencontre d’une vérité. Il nous faut intégrer cette définition élargie du dogmatisme. L’un de nos biais cognitifs majeurs consiste à croire que le dogmatisme n’a appartenu qu’à des peuples passés ou à des gens étranges. C’est en réalité une tentation commune et généralisée. De la même manière que lorsque l’on parle de mécréance et d’idolâtrie, nous sommes nous aussi exposés à ces dangers.
L’impact de la piété (Taqwa) pour se préserver du dogmatisme
Le Saint Coran adopte une méthode remarquable : il appelle chacun à la piété, mais la piété en elle-même et la certitude de l'atteindre restent enveloppées d'un mystère salutaire. C’est un dessein véritablement sublime. Par exemple, Il dit : Jeûnez, afin que vous atteigniez peut-être la piété. Si vous devenez assidu aux actes d’adoration, êtes-vous nécessairement pieux ? Non, rien n’est garanti ! Si nous nous engageons dans les luttes sociales pour la justice, est-ce achevé ? Non, patience ! « Soyez équitables : cela est plus proche de la piété » (Coran 5:8). Pratiquez la justice, elle rapproche de la piété. Mais qu’est-ce donc que cette piété ? Révèle-la-nous ! Après avoir accompli tant d’actes d’adoration, de jeûnes et de bonnes œuvres, Dieu dit : espérons que vous deveniez pieux ! Si je vois quelqu’un accomplir sa prière, je ne peux affirmer avec certitude : « Cette personne est assurément pieuse ». Que signifie cette approche de la piété ? Elle signifie que Dieu a préservé un élément d'incertitude afin que vous ne cédiez jamais à l’orgueil. Puis Il dit : « Dieu n’agrée que de la part des pieux » (Coran 5:27). Qu’en est-il alors de l’action que nous venons d’accomplir ? Il n’est nullement évident qu’elle ait été accomplie avec une piété authentique. Cela brise l’orgueil et installe dans le cœur une crainte salutaire. Cette crainte vous incite continuellement à vous remettre en question et dresse un rempart contre le dogmatisme sclérosé.
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